Témoignage d’une maman

Puisses tu vivre, continuer ….

Puisses tu aimer, continuer …

(Roc éclair jean louis Aubert nov. 2010)

C’était le 11 mars 2011 dans la salle d’attente de l’hôpital d’Avignon.

Les images du tsunami au Japon défilent à la TV …notre tsunami vient de se mettre en marche. Il emportera mon mari 3 mois plus tard. L’homme que j’aime, le papa de mes loulous Matthieu 6 et Adrien 8 ans …

Etat cotonneux jusqu’aux obsèques, impossible de réaliser ce qui nous arrive. Puis la violence du choc met KO. Physiquement broyés, comme si un rouleau compresseur nous était passé sur le corps. Réapprendre à marcher presque physiquement, un pas après l’autre. Vivre une journée, puis une autre. Le film de ce drame tourne en boucle dans ma tête.

L’annonce aux enfants a été un supplice auquel seule la magie enfantine a pu remédier.              « Attends maman je reviens » Matthieu dessine un papillon qu’il découpe, et pose dessus un simple mot : MERCI. « Maintenant je veux le brûler pour qu’il aille au ciel jusqu’à papa ».                                     Je me sens défaillir. Tout est dit  … à 6 ans il a déjà tout compris. L’enseignement est grand. Oui, MERCI d’avoir pu connaître cet amour, MERCI d’avoir eu cet homme à mes côtés toutes ces années.

Partir ailleurs me semblait être la solution…ailleurs ou la mort n’est pas un tabou…ailleurs ou la mort fait partie de la vie. Mais les enfants ne le voulaient pas. Les enlever de leur environnement, de leurs amis, était pour eux un déchirement de plus.  Alors nous sommes restés au milieu de cet entourage compatissant, accompagnant, soutenant qui nous renvoyait à notre position  de victime. Je voyais les enfants rassurés par ce quotidien inchangé. Même école, même maison, mêmes sorties, cela leur prouvait qu’on pouvait y arriver sans papa. Cette continuité en revanche était pour moi un enfer … je ne comprenais pas qu’on puisse faire les mêmes gestes sans lui.

Un proverbe bouddhiste m’a beaucoup aidé : la vie ce n’est pas attendre que les orages passent, c’est apprendre à danser sous la pluie. On ne peut rien changer aux événements. Aucune baguette magique ne fera revenir papa. Notre seul pouvoir est de changer notre regard sur cet évènement et d’apprendre à le vivre au mieux.

« Si l’on ne change pas notre quotidien faisons alors quelque chose d’extraordinaire » ai-je dis aux garçons. Je voulais qu’ils puissent avoir autre chose à raconter que la perte de leur papa. Nous sommes donc partis en vacances en Chine…le rêve des garçons depuis qu’ils avaient vu Dora l’exploratrice sur la grande Muraille. A notre retour, ils n’étaient plus Adrien et Matthieu qui ont perdu leur papa pour leurs amis mais Adrien et Matthieu qui sont allés en Chine !!

Petit à petit la douleur ne fait plus hurler et un jour presque sans qu’on s’en aperçoive le cœur s’ouvre à nouveau.

De tournée vers le passé je me tourne doucement vers un présent et un avenir qui me sourit. Vient alors la culpabilité du survivant. Être heureux à nouveau, quelle trahison ! Sortir du statut de victime pour afficher un sourire heureux, quel affront ! Il faut encore travailler cela, accepter, lâcher prise… Se courber comme le roseau pour n’émettre aucune résistance au bonheur qui revient. Les enfants ne s’y trompent pas. Sentir une maman en vie, il n’y a pas de plus beau cadeau pour eux. Une fois rassurés de sentir le parent survivant vaillant, ils peuvent retrouver leurs places d’enfants.

Vient alors le temps de la résilience. Le poids de la douleur s’en va pour laisser place à la maturité de l’expérience vécue. Presque 4 ans après, les garçons vont bien. Ils ont développé une vraie relation de confiance avec mon nouveau conjoint. Ils savent que leur papa est là tout près d’eux, qu’il continue à les veiller. Ils ont la force des chevaliers qui ont appris que toute épreuve peut se surmonter. Le coffre reste plein de souvenirs heureux, joyeux  que l’on garde comme un trésor et que l’on ouvre pour être inondé de lumière.

L’amour est plus fort que tout.